L’Arban, une coopérative d’urbanisme rural

 

 Pour notre première journée nous avons rencontré Stéphane et Rida, salariés de l’Arban à Faux-la-Montagne.

 

L’histoire de l’Arban débute en 2007-2008 par une volonté locale porté par quelques habitants, l’association « De fil en réseau » et des élus de répondre à la problématique de l’accueil des nouveaux habitants. Le plateau de Millevaches est un territoire rural très éloigné des centralités mais dont la population se maintient depuis les années 1970-80 grâce à l’arrivée continue de nouveaux habitants. Reste que ces nouveaux arrivants ont des difficultés à trouver un toit.

Le bourg de Faux-la-Montagne

Les réflexions de ce groupe informel de personnes ont donné naissance à une association. Celle-ci a pu porter le projet de construction d’un écoquartier sur la commune de Faux-la-Montagne, premier en France à recevoir le label écoquartier rural.
Très rapidement, la structure a décidé de se transformer en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) et devient l’Arban. Ce changement de statut est dû à plusieurs facteurs : le besoin d’une structure juridique (en autre qui puisse intégrer des collectivités locales), le besoin de lever des capitaux (via l’entrée au capital de particulier par acquisition de part sociales ou par l’emprunt), un contexte local favorable aux coopératives.
A ce moment, les objectifs de l’Arban ont été clairement définis. Il s’agissait d’élargir les questions d’habitat aux questions d’usage de l’espace et donc d’urbanisme. Sur la Montagne limousine, un « arban » désigne en occitan un travail collectif d’intérêt général effectué par la communauté villageoise, au service du bien commun.

 

L’Arban intervient aujourd’hui dans les domaines de l’éco-construction, de l’habitat et de l’urbanisme durable dans un contexte rural.
Sa philosophie vise à permettre qu’un territoire, le Plateau, puisse disposer d’un outil pour réfléchir aux différentes manières de vivre ensemble, d’échanger autour de l’urbanisme. Il a vocation à mener des études stratégiques en réponse à des marchés publics mais aussi à chapeauter des opérations en tant que maître d’ouvrage. C’est donc un outil de réflexion mais aussi un opérateur, on peut parler de micro-bailleur. L’Arban cherche à être présent de l’amont à l’aval des projets, chose rare, dans un milieu rural qui manque cruellement d’opérateurs.

Les différentes activités de l’Arban :

  •  Suivi  de l’éco-hameau du Four à Pain à Faux la Montagne

    Esquisse de l’Arban

  •  Étude en cours avec des habitants sur 5 centres-bourgs et sur leurs logements vacants. Cette étude part du postulat que la vie dans un bourg ne se limite pas à la question de l’habitat mais touche celles d’aménagement, d’animation des espaces publics, de commerce et des lieux de sociabilisation
  •  Accompagnement d’une commune sur les futurs usages d’un bâtiment municipal
  • Création et gestion d’un « logement passerelle » sur l’éco-hameau prévu pour que de nouveaux habitants puissent tester la vie sur le Plateau avant de s’y installer vraiment
  •  Projet d’achat, de réhabilitation de deux logements pour personnes âgées à mobilité réduite
  •  Accompagnement sur le projet de la Renouée, espace commun de travail pour petites entreprises de services à la personne. (on en reparlera…)

Leurs démarches intègrent un fort volet participatif. Pour eux la participation permet d’enrichir un projet, de l’adapter au contexte local, de faire venir de nouvelles idées, pour éviter un prêt-à-penser avec des recettes à plaquer sur le territoire.
Leur méthodologie mêle ateliers de groupes et entretiens individuels pour aller vers ceux qui ne viennent pas au réunions.

Dans le travail de l’Arban, l’élu garde tout sa place de décisionnaire et reste celui qui tranche si le projet se réalise ou non et dans quelle mesure. La participation sert à fabriquer les bases de décision à partir desquelles les élus arbitrent. Ils insistent sur la distinction qu’il y a dans leur manière de procéder entre, là où sont élaborées les propositions (les ateliers d’urbanisme participatifs) et là où les arbitrages sont opérés et la décision validée (au sein du conseil municipal de la commune). S’ils ne remettent pas en cause le rôle décisionnel et d’arbitre de l’élu ils estiment que les démarches plus ouvertes, à l’initiative d’habitants, permettent de remettre l’élu en position de dialogue avec la population sur des questions de fond en dehors des temps électoraux. Cela l’oblige à se saisir de sujets et rebat les cartes de la démocratie représentative.

Nous les avons questionné sur leur outils de travail de prédilection. Il nous ont répondu que dans leur démarche, il n’y avait pas d’outils spécifiques mais plus un réflexe de posture de bon sens.
Ils insistent sur le danger de tomber dans le méthodologisme car l’important n’est pas la méthode mais le résultat. Sachant que chaque habitant dispose d’un capital culturel différent, il s’agit d’être dans un cadre qui puisse être appropriable par tous. D’après eux, créer des jeux pour faire participer les gens, utiliser des post-it de dizaines de couleurs différentes, et autres fantaisies excluent des gens, éloignent le sujet de débat en plus de chercher à rendre le débat non clivant, apaisé. Or les oppositions et le conflit doivent apparaître dans le débat public, ils en sont des éléments fondamentaux.

Le Lavoir Civique de Faux-la-Montagne

 

Les étapes d’un atelier d’urbanisme participatif animé par l’Arban :

L’objectif de ces ateliers est de donner les clés de décisions aux commune pour qu’elles puissent effectuer des aménagements les plus efficaces. Cette démarche permet de porter les réflexions sur du long terme, plus de 10 ans.

1- Discussion avec les élus pour convaincre des atouts de la participation et se mettre d’accord sur les objectifs
2- Réunion publique de lancement
3- Entretiens individuels chez des habitants qui s’incluent peu dans la démarche
4- Premier atelier de groupe de lecture paysagère : diagnostic partagé sur l’implantation du bourg, ses configuration, son environnement… Non, surtout sur l’environnement extérieur au bourg
5- Atelier d’urbanisme : diagnostic partagé sur le fonctionnement du bourg et son bâtiment
6- Première synthèse adressée aux élus
7- Atelier de définition des enjeux
8- Phase de pré-projet – actions détaillées pour chaque enjeu, premier chiffrage des coûts
Une telle démarche dure de 8 à 12 mois.

La démarche paraît assez classique en urbanisme mais l’inclusion des habitants en continu durant toute la phase de diagnostic et de conception des enjeux est une grosse valeur ajoutée pour la commune, un pas vers la co-construction. Les habitants connaissent et pratiquent le territoire, ils apportent une finesse d’analyse qui permet de prendre en compte des détails sur lesquels se jouent la qualité de vie dans la commune. Ceci est rendu possible par l’initiation des habitants à la lecture des paysages et l’analyse des enjeux urbains, dans un esprit d’éducation populaire. Pour cela l’Arban reste simple mais efficace : des promenades commentées et des cartes et photos aériennes comme bases de discussions.

Une critique récurrente des dispositifs participatifs est le manque de représentativité des participants par rapport à la population, le cliché étant de retrouver des personnes à capital culturel élevé investies dans la vie locale et quelques « grandes gueules » locales. Pour palier à cela et avoir un horizon d’avis le plus large possible, l’Arban tient à rencontrer en entretiens individuels ceux qui ne veulent pas participer aux ateliers publics, que ce soit parce qu’ils sont opposés à un projet ou à l’équipe municipale, qu’ils ne s’y intéressent pas ou qu’ils pensent ne rien avoir à dire. Ce travail long et minutieux, même s’il convainc rarement les personnes de rejoindre ensuite les ateliers, est très précieux et fait gagner en qualité la participation.

Le marché du lundi matin à Faux-la-Montagne

 

 

L’autogestion et l’Arban :

Bien qu’elle ait un statut de coopérative, l’Arban n’a pas de fonctionnement autogéré. Elle dispose d’un président, d’un conseil d’administration et d’une assemblée générale où prennent part des collectivités comme des communes et le Parc Naturel Régional du plateau de Millevaches. Les projets ne viennent pas d’une auto-saisie du ‘’corps social’’ mais sont à l’initiative des élus. On y trouve donc une hiérarchie. Comme il a été dit plus haut, il y a une distinction faite entre là où sont élaborés les projets et là où ils sont décidés. En revanche, il y a une vraie recherche d’horizontalité dans la réflexion et de partage du pouvoir des élus avec la population. Le meilleur exemple est la manière dont se déroulent les ateliers d’urbanisme participatif. La réussite de la participation menée par l’Arban ne tient pas qu’à la petite taille des communes impliquées. Ses recettes, simplicité, bon sens, (in)formation, discussion sont généralisables à d’autres échelles de territoires.

 roue


 

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