Récit de notre route du Plateau à Tours en passant par le Berry

Après avoir passé un peu plus d’une semaine sur le Plateau de Millevaches, nous voila repartis sur les routes.

La première étape est tranquille, Faux-la-Montagne > Aubusson. Comme nous avions largement le temps vu le profil descendant de l’étape, nous nous sommes arrêtés à Gentioux pour rendre visite et donner un petit coup de main sur un chantier d’auto-construction d’une maison en ossature bois et isolation paille. Le chantier est impressionnant tout comme la charpente dont l’ensemble du bois est issu du terrain où est bâtie cette maison.

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Le soir nous arrivons à Aubusson où nous sommes accueillis par Adrien et son fils de 3 ans, Gaston. Adrien travaille dans une agence de design de service, l’agence DTA. La soirée fut passionnante de discussions sur nos premières impressions après notre passage sur le Plateau et sur le design de services.

Le lendemain matin, on reprend la route direction Saint Benoit-de-Sault pour notre première grande étape, 110 km au programme. Le long de ce trajet les paysages changent. Dans la vallée de la Creuse, la floraison se présente de plus en plus avancée à mesure qu’on descend en altitude. Nous apercevons toujours plus de troupeaux de bovins, puis les premières cultures céréalières. Les collines sont de plus en plus espacées et plus douces.

A l’approche d’une carrière Mathieu a une idée, et si on pesait nos vélos sur la bascule ? Cela fait bien rire l’accueil de cette carrière, le résultat : 220 kg d’esPASces POSSIBLES ? Vélos, chargements et cyclistes compris.

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Le tracé GPS nous permet d’éviter les villes mais nous réserve quelques surprises et quelques chemins tout tracés pour des VTT. Qu’à cela ne tienne, on ne va pas rebrousser chemin, on en profite pour éprouver la solidité de nos vélos ! Tests réussis, bien que ralentis et ballottés par les bagages, ça roule, que se soit sur des chemins forestiers, sur une ancienne voie romaine creusée par les roues d’un tracteur, sur un parterre de graviers acérés. On doit quand même capituler face à un petit ruisseau infranchissable, Nature 1 – Google 0.

Tout le long du trajet le soleil est avec nous. Arrivés à Saint-Benoit-de-Sault nous croisons notre premier feu rouge depuis Limoges ! Également premier supermarché où nous mettons les pieds depuis quelques semaines pour nous ravitailler, quelque peu désorientés par le choix dans les rayons, ça ne nous avait pas manqué !

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Après avoir passé le cap des 100 km, il nous reste encore une dizaine de kilomètres et nous voila arrivés et accueillis chez Sébastien et Caroline, deux apiculteurs bio producteurs de miel et de gelée royale. Ça sera l’occasion pour nous d’apprendre un peu plus sur la récolte du miel et l’inquiétante mortalité des abeilles depuis quelques années. On recharge également nos batteries avec de l’électricité 100% renouvelable. Seb et Caro ne sont pas reliés au réseau. Une petite éolienne et un 5m² de panneaux solaires suffisent pour cette famille de 4. Bricoleurs et décroissants convaincus vous pouvez retrouver leur site des pistes et astuces pratiques du quotidien pour apprendre à décroître http://www.eco-conversion.infos.st/

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Lors de notre repas, un grand plat de pâtes bien mérité, nous en apprenons plus sur l’ambiance particulière du Berry que nous trouvons pesante depuis notre entrée sur ces terres. Les berrichons nous rendent rarement nos saluts et nous observent avec ce que nous ressentons comme une curiosité mêlée de méfiance instinctive. Seb et Caro se sont maintes fois heurtés au conservatisme d’une région où il est dur de faire bouger les lignes, d’autant plus quand on est écologistes. Ils nous expliquent que ne restent dans la région que les moins mobiles, ceux qui n’ont pu partir étudier ou trouver du travail ailleurs. Ils entretiennent alors des manières de faire ou de penser très traditionnelles, les idées extérieures ont plus de mal à pénétrer le Berry.

Le lendemain, jeudi, nous reprenons la route, passage pour notre pause pique-nique par la charmante ville d’Argenton-sur-Creuse et son mondialement connu musée de la chemiserie et de l’élégance masculine .

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Nous continuons de découvrir les paysages du Berry, plus ouvert que les autochtones… Une dernière côte qui fait mal avant d’arriver chez Christian, spécialiste de l’éco-construction qui nous héberge sur son terrain en chantier à Tranzault. On y croisera aussi Arthur, maçon stagiaire pour quelques semaines. Christian est la définition même de l’opiniâtreté. Sans relâche et en gardant la tête froide, il se bat depuis des années pour monter dans le Berry un éco-centre assorti d’un éco-hameau. Malgré les nombreuses difficultés, il semble tenir le bon bout et on espère vivement que ce projet verra le jour, dans un territoire qui a besoin de ce type d’initiatives pour lui ouvrir de nouveaux horizons.

En début de soirée, Christian nous amène rencontrer Philippe et son projet fou. Philippe est en plein chantier de construction d’une maison bulle de 165 m² et de deux nouvelles bulles pour accueillir un gîte. Après avoir visité plus de 30 maisons bulles à travers le monde, il s’est lancé dans cette aventure et ne se voit pas vivre autre part. Le chantier est impressionnant, pas sa taille mais aussi par sa forme. Philippe nous avoue qu’il a un objectif  : “Il faut que les gens viennent et disent WAHOU!”. Pour nous c’est déjà le cas alors qu’il reste encore beaucoup à faire. Un chantier en auto-construction comme celui-ci, c’est certes plusieurs années de travaux mais un budget réduit. Il l’estime à 100 000 €. J-L Borloo et sa maison à 100 000€ pleine de fissures n’ont qu’à bien se tenir ! Pour plus de détails et d’informations, on vous incite à visiter son site : http://habitat-bulles.com/

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Retour sur le terrain de Christian pour une nuit en hamac sous un « Paligloo » en construction. Derrière ce nom se cache en fait un igloo dont la structure est réalisée à partir de palettes de récupération, l’armature en grillage et les cloisons en torchis. La nuit fut finalement encore un peu fraîche pour sortir les hamacs, le réveil est rude, les jambes sont lourdes avant d’aborder la centaine de kilomètres qui nous sépare de Loches.

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Au début de la journée le ciel est gris et l’air frais. Notre ressentons toujours une ambiance pesante dans le Berry jusqu’à notre pause petit déjeuner à Arthon. Là, la boulangerie nous offre un pain au chocolat sans qu’on s’en aperçoive. A l’épicerie, c’est un thé qui nous est offert. Les locaux nous confirment que, de prime abord, les berrichons ne sont pas faciles d’accès. Mais finalement, certains peuvent être très accueillants. C’est plein d’énergie que nous reprenons la route, les jambes ont repris de leurs forces, nous traversons le Parc Naturel Régional de la Brenne dans un décor très vert.

On quitte le Berry alors que le ciel lourd et menaçant de la matinée se dégage. Ça y est, le « Pays des sorciers » est enfin derrière nous. On reste sur les grandes départementales par facilité. Il y a un peu plus de trafic mais c’est aussi beaucoup plus roulant pour nous. On approche les 20 km/h de moyenne sur cette étape de 115 km !

En fin d’après-midi on arrive à Loches où on loge chez Slaine, contactée par Warmshower. 2 semaines sans approcher un immeuble ! Encore une fois une super rencontre avec une grande voyageuse. Un tour du monde et demi et un tour de France à vélo des chefs au compteur. La soirée sera l’occasion d’échanger des anecdotes de voyages et d’en apprendre un peu plus sur la photographie et le milieu professionnel des restaurants gastronomiques.

Le lendemain, samedi, direction Tours en longeant l’Indre. Là nous serons accueillis comme des princes par Philippe et Viviane, des amis de longue date des parents de Frantz. Philippe est un grand fan de vélo et nous aide pour une petite révision de nos vélos et nous prodigue quelques conseils. Les délicieux plats  de Viviane nous redonnent des forces.

Tout au long de ces étapes, nous avons traversé la France des hameaux et des collines, des petites villes qui vivotent, en déréliction, figées semble-t-il dans le passé, oubliées des schémas de développement et abandonnées à elles-mêmes, la France photographié par Depardon.

Depuis notre départ le 12 avril et jusque Tours, nous avons parcouru 530km. Nos vélos roulent maintenant très bien et nous permettent de faire des belles étapes de plus de 100 km pour certaines sans trop de soucis ! On vous laisse juger la carte ci-dessous.

itinéraire jusqu'à Tours

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