3 petits Tours et puis s’en vont…

Lors de notre séjour à Tours, nous avons prévu 3 rencontres fort différentes. Nous n’avons pas souhaité en faire d’article à part entière. On recoupera la matière qu’on en retire avec d’autres initiatives similaires pour croiser les points de vue et les expériences.

Tours est une jolie ville mais, malgré son potentiel, beaucoup trop calme à notre goût. On nous raconte que la ville, un peu endormie entre les bras du Cher et de la Loire, est à l’image des eaux qui la traversent,  calme et sans trop de remous, une ville qui ne fait pas de vague ancrée dans la même atmosphère de petite bourgeoisie provinciale captée par les romans de Balzac.

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  • 1 – Le pOlau et le Point Haut

Le long de la voie ferré et derrière la gare TGV de Saint-Pierre-des-Corps se hisse entre des entrepôts et des magasins un bâtiment avec un point rouge en hauteur. C’est ici qu’on trouve le Point Haut et le pOlau.

 Le Point Haut est le lieu de résidence d’une célèbre compagnie de théâtre de rue, la Compagnie OFF. Cette compagnie est installé depuis 26 ans sur Tours et depuis 12 ans derrière la gare TGV. Elle est mondialement connue pour ses grands spectacles de rue intégrant toujours plusieurs dizaines de comédiens. De ce travail dans  l’espace public ont émergé des réflexions autour de la lecture de la ville et de l’espace public.

De ces réflexions dirigées par Maud Lefloc’h, urbaniste-scénariste de la compagnie, est né en 2001 le Pôle des arts urbains, le pOlau. De 2002 à 2006, Maud Lefloc’h mène  la Mission Repérage(s) dans 13 villes, organisant la rencontre d’un artiste et d’un élu dans une ville pendant une journée de ballade afin de croiser les regards et d’étudier comment ces deux acteurs de la ville pouvait s’influencer et l’influencer elle dans ses réflexions.

A la suite de ce travail, le pOlau est créé officiellement en 2007, avec le soutien du Ministère de la Culture. Il a pour objet de comprendre comment les aménagements urbains influencent les artistes et comment les artistes influencent la ville et d’encourager ces rapprochements. Il invite pour cela les artistes à entrer dans la production urbaine, à prendre la main dans des logiques de maîtrise d’oeuvre, à partir d’installations ou d’animations temporaires.

Le point haut offre une surface suffisante pour les nombreux acteurs intervenant dans la cie Off et permet même des spectacles aériens !

Le point haut offre une surface suffisante pour les nombreux acteurs intervenant dans la cie Off

Cet investissement financier du Ministère va permettre de mettre en oeuvre un projet de réhabilitation du lieu, un ancien entrepôt Lessieur, projet en sommeil depuis les années 1990. Ce chantier de rénovation et de construction a duré plus de 18 mois. A une semaine près nous ratons les festivités pour l’inauguration du lieu. Ce chantier a été l’occasion de créer une activité culturelle et artistique durant les travaux avec la volonté de laisser une place pour les usagers et le public. Ont eu lieu par exemple des visites de chantier hebdomadaires  ouvertes à tous, un concert de bruits de chantier, des animations sur la communication entre ouvriers dans le bruit ou encore sur les terres polluées. Tout en utilisant dans la création l’actualité du lieu, la volonté était de renverser en positif les connotations négatives d’un chantier.

La structure, financée à 60% par des fonds publics, est liée au Ministère de la Culture par un cahier des charges assez libre autour des questions sur “la ville dans l’art et l’art dans la ville”. Le pOlau est constitué en association, de manière classique avec président, vice-présidente et trésorière. Il compte 5 salariés permanents au profil en lien avec le monde de l’urbanisme.

Dans ce vaste espace, l’imbrication du pOlau et du Point Haut permet au lieu de proposer différentes activités :

  • résidence d’artistes en phase d’écriture pour préparer des expositions, des spectacles, des répétitions.. bref un lieu de création
  • résidence pour les chercheurs en urbanisme, paysage, architecture… travaillant autour de l’hybridation entre art et ville
  • recherche et développement autour de l’intégration de la création artistique et de ses méthodes dans les aménagements urbains
  • programmation culturelle
  • centre de ressources qui réalise des études pour l’état, des collectivités, des universités… A ce titre le pOlau met en contact les structures en lien avec l’art et structures en lien avec l’aménagement.
Un local important pour le partage, la cantine toute neuve

Un local important pour le partage, la cantine toute neuve

Comme nous l’a expliqué Pascal, chargé de projets, le pOlau défend une horizontalité dans les projets urbains entre les différentes maîtrises des savoirs. Ils souhaitent faire sortir l’urbanisme des registres techniques afin de faire valoir tout ce qui peut être de la symbolique, l’imaginaire, l’affectif, l’historique des lieux et des habitants. Pour révéler ces autres facettes, l’artiste peut jouer un rôle. Ainsi ils sont persuadés que la création artistique peut permettre de favoriser la participation des habitants, que les méthodes créatives sont utiles pour faire de l’aménagement autrement. L’urbanisme doit faire avec de plus en plus d’acteurs et doit apprendre à travailler à plusieurs. Pour cela il est nécessaire de comprendre et de parler plusieurs langages. Le pOlau se donne comme rôle de les maîtriser et d’être une passerelle entres ces différents métiers et ces différents langages. En revanche, dans leur démarche, la participation des habitants n’est pas systématique. Elle est de fait souvent présente mais n’est pas un angle d’attaque défendu par la structure. Le pOlau peut s’adapter aussi bien à de l’urbanisme classique et vertical, “conventionnel”, comme à de l’urbanisme autogéré, à l’initiative d’habitants et plus horizontal. L’idée reste pour eux à chaque fois la même : utiliser la boîte à outils de l’artiste pour enrichir le projet. Pour autant, ils peuvent refuser des projets pour des questions éthiques, ils souhaitent éviter d’être utilisés comme caution de communication par des collectivités ou des promoteurs.

Ainsi, le pOlau considère que l’art peut être un moyen de rapprocher différents acteurs de l’urbanisme : élus, aménageurs, constructeurs, habitants… Le processus artistique permettrait une meilleure collaboration entre eux. Pour eux, la plupart des groupes qui font de l’urbanisme participatif actuellement utilisent d’ailleurs des techniques qui viennent, consciemment ou non, des pratiques artistiques : mise en récit d’un territoire, photographie, film, scénographie, résidence sur le chantier…

Au passage, un exemple de résidence : des doux dingues qu’on adore, passés en résidence au pOlau pour potasser leurs spectacles : l’ANPU, agence nationale de psychanalyse urbaine. Leur spécialité : mettre les villes sur le divan pour les guérir les leurs névroses, affirmer leur moi et cheminer vers un développement potable. Un exemple court en vidéo de leurs divagations sur la Camargue.

 

 

  • 2- La Scop l’Engrenage

 A la suite du pOlau, nous avons été à la rencontre d’une coopérative d’éducation populaire la Scop (Société coopérative et participative) l’Engrenage.

Composée de 3 salariées et 2 coopérateurs non-salariés, cette coopérative revendique des positions politisées, dans une vision marxiste de lutte des classes. Sa démarche part du constat des rapports sociaux de dominations entre les individus. Elle propose différents outils pour libérer l’expression populaire. L’Engrenage croit en l’action collective pour sortir de ces rapports de domination et transformer la société. Pour cela, pour eux il est nécessaire de libérer les imaginaires .

 

La Scop pose des questionnements sur la participation des habitants et la démocratie. Comment outiller les gens à analyser leur environnement et les aider à formuler leur pensée ? Comment limiter les rapports de domination dans les processus institutionnels de participation ? Comment sortir des questions techniques pour avoir des débats de fond, politiques ?

Leurs expériences passées montrent que lors de l’institutionnalisation des pratiques, les libertés et les marges de manoeuvres sont limitées. Il y a donc une nécessité de créer ou de recréer des rapports de force.
L’Engrenage agit toujours sur sollicitation d’associations, de collectifs, de syndicats et quelquefois de collectivités. Elle organise des cycles de (dé)formation, des conférences gesticulées ou encore des ateliers de désintoxication de la langue de bois.

L’histoire de l’Engrenage est intimement liée à la Scop Le Pavé dont quelques tourangeaux sont à l’origine. En 2010, le Pavé souhaite essaimer ses pratiques pour ne pas être implanté qu’en Bretagne. Une antenne est donc créée à Tours sous la forme associative et se transformera en Scop en 2012. Suite à l’auto-dissolution du Pavé fin 2014, l’Engrenage fait partie aujourd’hui d’un réseau de 4 coopératives d’éducation populaire (avec L’Orage à Grenoble, Vent Debout à Toulouse et le Contrepied à Rennes) qui propose un programme de formation.

 

La dynamique portée par l’Engrenage sur Tours est très liée à un festival, Débattons dans les rues, qui a connu 4 éditions à Tours (2005, 2006, 2010, 2011).

Le festival avait pour but la réappropriation des espaces publics et permettait de repenser la ville. Différents groupes ont pu prendre la parole, là où ils ne l’ont pas d’habitude. Le festival assume l’acte politique de modifier notre rapport à l’espace public en laissant libre l’expression. Pendant une dizaine de jours, c’est un fourmillement d’actions et de revendications diverses : spectacles, improvisations, jardins ambulants, projections, débats, vélorution, zone de gratuité… la liste est trop longue! Les photos parlent d’elles-mêmes

Le festival est autogéré et tous les midis la réorganisation du festival était remise à plat. Ce festival a permis à de nombreuse personnes de Tours de se rencontrer et à de nombreux collectifs de se créer par la suite.

Le concept a été diffusé et est réutilisé à Toulouse depuis 2012.

 

  • 3- Le jardin St Lazare

Les jardins Saint-Lazare dans le quartier Febvotte à Tours ont retenu notre attention car ils ont fait l’objet d’une mobilisation des jardiniers et des habitants du quartier pour sauver ce poumon vert.

Les jardins ont été aménagés par des cheminots dans les années 1930 sur l’ancienne emprise de la ligne Tours – Les Sables d’Olonnes. Par hasard, en juin 2010, un habitué du quartier s’aperçoit que le futur Plan local d’urbanisme (PLU) de la ville prévoyait la construction de petits collectifs et de maisons de ville à la place des jardins. Ces terrains ont été acquis en 1993 par la ville de Tours à la SNCF. Après l’enquête publique du PLU et malgré les différents avis négatifs autour du projet immobilier sur les jardins, le commissaire enquêteur du PLU ne fait aucune observation négative. En avril 2011 s’organise alors la mobilisation des habitants. Un collectif informel se crée et va défendre le jardin face aux élus et dans le comité de quartier. Face à cette mobilisation, une consultation est alors organisée réunissant 230 réponses dont la grande majorité demande de conserver cet espace et d’aménager des espaces collectifs. Le nombre de réponse dépasse ainsi largement le seul nombre des 20 à 30 jardiniers possédant des parcelles sur le site. En juillet 2011 la lutte porte ses fruits et le projet de construction est abandonné, l’espace vert conservé.

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Les jardins font 7500 m² et sont divisés en deux par un chemin. Une clôture ceinture les deux parties mais à l’intérieur, rien ne délimite les parcelles. Le jardin est autogéré mais sans aucune structure, tout se passe de manière informelle, par la convivialité à l’intérieur des clôtures et l’information passée entre jardiniers. Pour pouvoir cultiver dans le jardin, il faut que quelqu’un cède sa parcelle ou un bout de celle-ci. La cooptation et la confiance sont de mise. Par exemple, le jardinier que nous avons rencontré a attendu 2 ans avant de pouvoir s’occuper d’un petit bout de terrain. Pour lui, le jardin fonctionne en “joyeuse anarchie”grâce à la non-délimitation des parcelles. Dans notre échange nous avons tout de même perçu la prégnance de l’entre-soi qui pouvait régner dans cette partie du jardin. Si les barrières sont abolies à l’intérieur du jardin, la frontière avec l’extérieur est, elle, bien marquée. La jardin n’est pas ouvert sur l’extérieur, d’une part par crainte de vol et d’autre part par crainte de dénaturer l’esprit du lieu. Le nouveau projet municipal de transformer une partie des jardins en jardin partagé inquiète d’ailleurs les jardiniers. Le temps ne nous a pas permis de rencontrer d’autres jardiniers.

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Ce qui nous est apparu intéressant dans ces jardins, c’est qu’un petit bout de terre dans une ville peut démontrer les limites des mécanismes de concertation que ce soit premièrement par le manque de connaissance du site, jugé abandonné dans le diagnostic du PLU, l’enquête publique sur le PLU lacunaire, la surdité voire le déni lors de la concertation face aux interventions d’habitants et de jardiniers en conseil de quartier, et pour finir après l’abandon du projet initial une communication municipale qui s’auto-félicite de la qualité de la concertation.

En lien avec ce jardin, nous avons aussi visité une exposition d’art contemporain de 6 étudiants de l’école des Beaux-Arts de Tours. Une des oeuvres nous a particulièrement plu. Un étudiant a voulu activer la mémoire du quartier et du jardin en proposant aux habitants des rues alentours de renvoyer une carte postale déjà affranchie avec au dos leurs souvenirs ou anecdotes. Au recto, l’étudiant a transformé une image prise dans le jardin en la modifiant tout en conservant un ou des éléments reconnaissables.

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Lors de notre séjour à Tours, nous sommes aussi passés par un atelier d’auto-réparation de vélo fort sympathique, Roulement à Bill  et du bar associatif Chez Collette  pour une rencontre avec Florence, une des souscriptrices à notre campagne de financement participatif. Mais nous en reparlerons en vous présentant d’autres initiatives du même type lors de prochaines étapes.

Et pour finir, puisqu’on ne l’a pas encore dit ici, un grand merci à Viviane et Philippe pour leur accueil royal et les tuyaux vélocipèdiques !

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Un Commentaire

  1. très intéressant. Super article, je ne connaissais rien de cela ! Bonne route !

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