Les Z’ambules, mobilier urbain déployeur d’espaces publics

L’histoire des Z’ambules commence en 2012 quand Amandine et Charlotte, étudiantes en design aux Arts Décoratifs de Paris, ont l’envie de travailler pour leur projet de fin d’études sur l’appropriation de l’espace public. Leur questionnement recoupe un des nôtres : comment amener les gens à refaire de la rue un lieu de vie ?

Dans les pays méditerranéens les rues et les places sont de vrais lieux d’animation et de vie, quelque soit la taille de la ville. Elles remarquent que dans les pays du nord les espaces de rencontre et de convivialité sont des espaces collectifs privés, des espaces dits semi-publics, qu’ils s’agissent de centres commerciaux, de parcs récréatifs, de saunas en Scandinavie ou de brasseries à Paris… Elles font l’hypothèse que ceci est en partie dû au climat, personne ne reste dehors s’il fait froid. Elles constatent aussi que, s’il reste encore quelques bancs en ville, les tables ont, elles, disparues.

De là va naître le concept de la cheminambule.

cheminambule

La cheminambule est ainsi un espace public mobile et déployable. En 2 minutes 30 le lourd triporteur fait place à une cheminée à laquelle s’adosse une ou deux tables et des bancs, abrités par un parasol. Le but est de laisser ensuite les passants s’approprier cet espace, d’en faire un lieu gratuit de convivialité, qui invite à la rencontre. Par l’intermédiaire d’un objet les designeuses veulent inciter l’individu à s’autonomiser. Les passants doivent se sentir libres de se saisir de la cheminambule et d’en avoir les usages qu’ils souhaitent. L’utilisation de la cheminambule n’est pas fléchée. Amandine et Charlotte souhaitent aussi en faire un outil partagé entre des associations pour leurs activités et évènements.

Fortes du très bon accueil de la part des usagers, de collectivités, de centres culturels et même d’entrepreneurs y voyant un complément naturel au food truck, les créatrices décident de pousser au-delà leur projet de fin d’études, de passer du prototype au produit. La demande est forte et elles ne sont pas encore en mesure de répondre aux commandes. Elles montent donc les Z’ambules pour créer et démocratiser du mobilier urbain ambulant déployeur d’espaces publics. Elles cherchent donc comment industrialiser la cheminambule, à l’origine totalement construit par elles-mêmes, avec la volonté de travailler localement avec des industriels et artisans français. Le coût doit être le plus abordable possible. Pour cela, en plus de l’auto-édition et de l’auto-conception, elles gardent une part d’auto-construction sur les z’ambules.

Les deux designeuses ont songé à l’open source, à laisser les plans des z’ambules à disposition de tous. Mais face à leur situation de survie financière, elles souhaitent d’abord pouvoir vivre de cette activité. Dans un second temps elles pourraient envisager former des gens à la construction de mobilier urbain mobile.

Un concept déclinable

D’autres concepts sont en route, toujours fondés sur le même principe et tractés par un vélo électrique. La bibliambule est la “version été” de la cheminambule, déployant 7 hamacs autour d’une bibliothèque. Elle accueille les amateurs de lecture et arrête les passants attirés par une pause.

bibliambule

Le Yaki est une cuisine ambulante, “food bike” plus écolo que le food truck et plus adapté aux centres-villes européens. Inspiré des cuisines ouvertes japonaises, il permet de réaliser des grillades et de manger attablé au comptoir.

concept du yaki

Les Z’ambules vont bientôt créer une théière/tisanière mobile pour pour le centre culturel de la villa Rohannec’h à Saint-Brieuc. L’objet sera ensuite laissé à l’autogestion des habitants pour des utilisations ponctuelles durant l’année.

Un objet-manifeste pour des espaces publics plus accueillants

Dès le départ l’objectif a été de créer un objet-manifeste, défendant des valeurs de convivialité et d’échange dans des espaces publics de plus en plus aseptisés. La surenchère de normes, de procédures et de contrôles empêche la spontanéité. Or, c’est bien la spontanéité qui attire en ville, on vient pour vivre des situations, faire des rencontres, plonger dans une ambiance, plus que pour voir de belles pierres. Nos villes sont de plus en plus froides et inhospitalières. Sous l’oeil de caméras de plus en plus omniprésentes, les libertés se réduisent dans les espaces publics, les activités et usages possibles eux aussi. Règles de comportement dans les centres-villes, autorisations nécessaires pour rassemblement public, interdictions de pratiquer du roller, de marcher sur telle pelouse, lois anti-mendicité, interdiction d’accès aux SDF pendant la saison touristique, musiciens de rue priés de décamper, bancs enlevés, entravés ou plus cyniquement encagés, la liste est longue… Tout l’enjeu de ces mesures est d’aboutir des espaces publics lisses, normalisés, préservés de tout risque et dont l’animation est maîtrisée.

Le géographe Arnaud Gasnier analyse que la vie urbaine aménagée par les décideurs se veut sans conflit ni transgression, sans confrontation directe, comme si l’imprévisible, la différence, le non maîtrisable n’avaient plus leurs places dans nos sociabilités. Cette évolution n’est pas du seul fait des élus et des aménageurs. Entretenue dans une méfiance instinctive de l’Autre, une partie (grandissante?) de la population cherche à se protéger du rapport au différent de soi et est demandeuse d’un contrôle social plus fort de la part des autorités publiques. Ces gens vont réclamer plus de sécurité, d’éclairage, de vigiles, de caméras… La normalisation des espaces publics et la privatisation des espaces de convivialité auraient donc aussi pour cause la sécession sociale, c’est à dire la distance croissante au quotidien entre les différents groupes sociaux ?

Avec les z’ambules c’est tout simplement par le charme que leurs conceptrices veulent s’imposer dans les espaces publics face à des politiques publiques timorées. Succès populaires à chaque sortie, encouragés par la demande, ce nouveau type de mobilier urbain pourrait bien être un outil de la réappropriation de la ville par ses habitants.

roue


Leur site internet :

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