ATD Quart Monde, un combat sur tous les fronts contre la pauvreté et l’exclusion

 

Une lutte historique contre les injustices

L’histoire d’ATD Quart Monde commence en juillet 1956, dans un bidonville de Noisy-le-Grand, dans la banlieue est de Paris. Le prêtre catholique Joseph Wresinski est profondément choqué par les conditions de vie et d’existence des 250 familles qui composent le campement. Avec les familles, il va créer une association, « Aide à Toute Détresse » qui deviendra plus tard le Mouvement international ATD Quart Monde.

Dès l’année suivante, les premiers “alliés” dont  Geneviève De Gaulle Anthonioz et les premiers volontaires-permanents rejoignent l’association. En 1960 est créé l’institut de recherche et de formation aux relations humaines qui organisera ensuite deux colloques internationaux à l’Unesco.

En 1964, une maison d’édition est créée et le mouvement poursuit son internationalisation et s’implante aux USA, une fédération des mouvements est ensuite créée en 1967.

En 1968, l’association prend le nom d’ATD Quart Monde, en référence au « quatrième ordre » qui tenta de se faire représenter aux États Généraux de 1789, “l’ordre des pauvres, des infortunés, des indigents, des infirmes”. Joseph Wresinski voulait donner une identité positive à une population qualifiée d’asociale et d’inadaptée, alors qu’elle résiste courageusement à la misère. Dans la même année, durant le mouvement de mai, il va à la rencontre des étudiants qui occupent la Sorbonne et le théâtre de l’Odéon. Il les invite à venir partager leur savoir avec les enfants des cités. C’est le début des bibliothèques de rue.

En 1970, le bidonville de Noisy-le-Grand est remplacé par un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

En 1972, ATD Quart Monde installent sur les territoires des lieux de dialogue, d’échanges et de formation à l’expression individuelle et collective qui deviendront les Universités Populaires Quart Monde.

En 1979, le Mouvement s’implante dans des pays du “Tiers Monde”.

En 1982 débute le combat juridique d’ATD Quart Monde. La lutte contre la misère est à partir de cette année aussi portée sous l’angle du droit, pour orienter les lois vers l’éradication de la misère.

Le decès des figures tutélaires d’ATD Quart Monde, Joseph Wresinski en 1988 et Geneviève De Gaulle Anthonioz en 2002 n’a pas enrayé la détermination de l’associaiton. Le combat d’ATD continue aujourd’hui dans plus de 30 pays et nombreuses villes de France.

 

 

Une multiplicité d’actions pour lutter avec les plus pauvres contre leur condition

Cette courte histoire d’ATD Quart Monde (une version longue ici) montre que depuis plus de 60 ans, cette association milite pour la transformation de la société par l’éradication de la misère et des exclusions. Le mot d’ordre pour leur mobilisation est de faire avec les populations en situation de pauvreté ou d’exclusion et non par pour eux. L’idée est d’aller chercher les personnes qui ne participent pas, qui pensent qu’elles n’ont rien à dire, voire ne servent à rien et de faire avec elles.

« La précarité se traduit par l’absence d’une ou plusieurs sécurités, notamment celle de l’emploi, permettant aux personnes et familles d’assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales et de jouir de leurs droits fondamentaux ». Joseph Wresinski

N’entrant pas en opposition frontale avec les institutions, ATD Quart Monde milite ainsi pour une transformation sociale de l’intérieur, en cherchant d’une part des partenariats avec les structures publiques, en sensibilisant les décideurs et cherchant des soutiens politiques, et d’autre part en menant un travail d’éducation populaire auprès des personnes touchées par la grande pauvreté et du grand public.

Pour cela, ATD Quart Monde intervient dans par de nombreux moyens : à l’école, animation de bibliothèques de rue, organisation d’universités populaires, création de centres de vacances, participation aux instances de concertation, formation pour les agents de collectivités, lobbying politique… Ils luttent davantage contre les idées reçues que contre les institutions. En plus de campagnes récurrentes, ils ont récemment mis à jour leur livre contres les préjugés sur la pauvreté , bible à avoir pour tout repas de famille.

Le changement qu’ils souhaitent n’est possible qu’en libérant la parole des personnes vivant la misère et les exclusions. Pour cela, ATD mène un travail de croisement des savoirs afin qu’un discours sur leur condition émerge d’en bas, qu’il y ait une reprise de confiance, une construction de la pensée ensemble et enfin pouvoir l’extérioriser et apprendre à l’exprimer en public. Encore une fois ATD n’agit pas en leur nom, à leur place, la volonté est d’autonomiser les plus pauvres.

Depuis de nombreuses années,  ATD expérimente sur le terrain. Lorsque les résultats sont probants, ces solutions sont ensuite proposés aux politiques. Ça été le cas hier du RMI, testé à Rennes notamment, de la CMU et aujourd’hui des territoires Zéro chômeurs. Ils s’échinent aussi actuellement à faire passer dans la loi la précarité sociale comme critère de discrimination. Si leur combat est permanent, c’est que la grande pauvreté est de plus en plus présente malgré leurs actions. Elle est symptomatique de notre modèle économique mondialisé. Après avoir diminué, elle augmente de nouveau depuis les années 1990. D’après l’observatoire des inégalités, en 2012, la France comptait entre 5 et 8,6 millions de personnes pauvres, selon que le seuil de pauvreté est fixé à 50 ou 60% du revenu médian. ((pour une personne seule 993€ mensuels au seuil de 60%, 828€ pour celui à 50 %)) Entre 2004 et 2012 ces nombres ont bondi de 30% !

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Une organisation atypique pour être au plus proche du terrain

ATD s’appuie dans ses actions sur un triptyque : les familles pauvres / les alliés / les volontaires.

ATD assure une présence dans de nombreux quartiers via des volontaires qui y mènent des activités et qui y vivent avec leur famille. Pour eux c’est un engagement permanent. Ils sont rémunérés et logés par ATD pour remplir cette mission d’ancrage et de relais. Afin d’éviter l’épuisement, les volontaires changent de mission tous les 2-3 ans. De leur côté, les alliés sont plus souples dans leur temps d’implication. Les alliés sont bien plus que des bénévoles “classiques”. On retrouve chez ATD un engagement total qui résulte d’un choix de vie. Dans le quotidien, la distinction entre alliés, volontaires et même salariés de l’association n’est pas facile. Dans le petit groupe que nous avons rencontré, nous aurions pas été capable de faire la distinction.

Cette organisation est la force d’ATD, qui leur permet d’être présent un peu partout sur le territoire national et ailleurs dans le monde et de manière forte, ancrée dans le quotidien des gens. En entrant sans voyeurisme au coeur des quartiers relégués, les volontaires deviennent des relais et des points d’appui pour les habitants, les accompagnant dans leurs démarches administratives et les rapprochant des institutions, leur faisant reprendre confiance en leurs moyens.

Grâce à leur travail de longue haleine des personnes qui auparavant s’auto-excluaient s’investissent plus dans l’espace public. Eveillés par ATD, ils sont vigilants à ne pas faire de la représentation, à ne pas tomber dans le rôle du “pauvre de service” et cherchent à s’investir dans les instances de travail.

Convaincus par l’action d’ATD, 7 communes de Seine-Saint-Denis ont fait appel à l’expérience d’ATD Quart Monde pour l’organisation des conseils citoyens, nouvelle instance de participation pour les “quartiers prioritaires” de la politique de la ville. Partant du constat de l’éloignement prégnant des habitants vis à vis des institutions ATD a cherché à faire changer le regard des élus et techniciens.  “Plutôt que de se demander comment faire venir ceux que l’on entend le moins dans les instances de participation, il faut se demander comment les rejoindre pour entendre et prendre en compte la connaissance qu’elles ont.” Afin de recréer un lien de confiance, ils préconisent ainsi par exemple d’y permettre les logiques ascendantes en laissant les habitants dialoguer du sujet de leur choix, d’aller là où les habitants sont, de travailler en petits groupes, de travailler sur l’écoute et le langage commun, d’avoir conscience que les mots peuvent blesser.

 

Les absents ont toujours tort…

Si nous avons voulu rencontrer ATD Quart Monde, c’est parce qu’ils s’intéressent à ceux que les projets urbains ignorent, ceux qu’on voit mais qu’on entend pas ou très rarement. La participation aujourd’hui pêche par l’absence des plus pauvres, qui ne maîtrisent pas l’expression publique, elle surreprésente les plus actifs et les plus informés. Si ATD parvient à faire participer les personnes les plus éloignées des institutions alors il doit être possible de faire participer tout le monde !

image Le canard du vieux-Lille n°1

image issue du Canard du Vieux-Lille n°1

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Un Commentaire

  1. Super Chloé, Frantz et Mathieu, bonne continuation…

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