L’habitat autogéré en Amérique du Sud, récit d’un voyage et de rencontres

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Charlène et Pierre sont deux jeunes urbanistes français. Entre juillet 2014 et mai 2015, ils se sont lancés dans un grand voyage à travers les quartiers populaires de dix pays d’Amérique du Sud. De cette grande aventure, ils ont écrit et autoédité le livre « Habitat en Mouvement » qui mélange récit de voyage, photos magnifiques, portraits d’habitants agissants et d’organisations communautaires. Des témoignages accessibles à touTEs qui permettent de comprendre les dynamiques de production des villes latino-américaines.

Leur ouvrage débute par un utile retour sur l’histoire et le contexte socio-politico-économique de l’Amérique Latine. Une région exploitée depuis 1492 par les colonisateurs espagnols et portugais et aujourd’hui par les politique néo-libérales et la mondialisation.

Les villes latino-américaines se sont construites et consolidées essentiellement sur la base de l’autoproduction et de l’épargne populaire des habitants (environ 70 % des surfaces actuelles des villes latino-américaine selon Habitat International Coalition). Pour différentes raisons historiques et en particulier l’importance du travail informel, une grande partie de la population y est en effet exclue des systèmes bancaires, d’aide au logement, de sécurité sociale etc.

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Le « logement d’intérêt social » en accession à la propriété produit massivement dans les périphéries des villes pour les classes moyennes génère d’importants profits pour le secteur de la construction, mais surtout des problèmes sociaux, urbains et environnementaux qui ne font qu’aggraver la situation actuelle des habitants.

Face à ce constat, les auteurs abordent différentes « alternatives proposées et mises en œuvre par des organisations d’habitant(e)s », basées sur la Production Sociale de l’Habitat (PSH), c’est à dire la participation à la planification et parfois à l’autoconstruction de l’habitat par des groupes organisés de personnes. Dans les quartiers « socialement produits », souvent d’origine informelle, c’est le logement qui s’adapte aux habitants et non l’inverse. L’habitat évolue de façon verticale ou horizontale en fonction des besoins et de l’espaces. La PSH s’appuie sur le principe ancestral du Minga (ou Minca). Dans les pays andins, cela désigne un travail volontaire réalisé collectivement pour le bien de la communauté. Il se dénomme Ayni quand l’aide vient pour une famille de façon ponctuelle.

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Pour autant, beaucoup de quartiers d’origine informelle ne bénéficient pas d’intervention publique car ils sont en réalité d’importantes  »réserves foncières » pour de futures opérations immobilières, comme à Rio de Janeiro au Brésil pour la coupe du monde de foot de 2014 et es JO de 2016. Les pouvoirs publiques évitent de régulariser l’occupation des familles pour pouvoir ainsi les expulser plus facilement.

La question de l’habitat en Amérique latine est donc indissociable des luttes urbaines pour l’accès au foncier et au logement. Le concept de « Droit à la ville » développé par Henri Lefebvre en 1968, est réapproprié par les mouvements populaires comme une revendication et une légitimation des occupations de terres et d’immeubles pour construire et pour vivre dignement dans la ville. Les mobilisations et les résistances menées par les hommes, et surtout les femmes, participent de l’émancipation des secteurs populaires dans une lutte permanente contre la spéculation et la privatisation des espaces urbains.

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Basée sur l’entraide, l’autogestion et la solidarité, la PSH est parfois reprise dans des politiques publiques comme celle des Coopératives de logement par aide mutuelle, présente dans plusieurs pays. La subtilité et la différence avec l’habitat participatif en France, réside dans le fait que les États, les collectivités et des professionnels soutiennent souvent ce type de projets. Grâce à la montée en compétence des habitants, les coopératives produisent bien plus que du logement mais aussi, de l’inclusion, des communautés solidaires et de l’engagement politique des habitants.

Ces retours d’expériences documentés par Charlène et Pierre sont riches d’enseignements pour repenser notre place en tant qu’habitants ou professionnels dans la production de la ville.

Pour commander leur livre : http://www.bookelis.com/voyage/21660-habitat-en-mouvement.html

Pour découvrir d’autres types d’expériences à travers le monde : la Plateforme de la production sociale de l’habitat, portée par Urbamonde

Images : Pierre Arnold et Charlène Lemarié

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